Il fait si froid ici, ce vent qu'aucun mur n'arrête. A la maison, c'est grand ménage, je suis dehors sous cette pluie presque grêle et ce froid qui me recouvre de gèle, j'attends.
J'attends de retrouver le doux tapis où reposer mes pieds, orienté vers l'âtre de la cheminée à supporter toutes les lectures et toutes les émissions de télé. Combien d'années sur cet office 10, 15, peut-être plus ?
Le bruit des voitures qui passent et repassent me font peur, j'ai l'air de me trouver bien loin de la maison. J'ai froid et ma peau sombre se rétracte, se fragilise.
Je me souviens des premières années, je sentais le cuir, le pétrôle aussi. On me traitait avec des huiles, on me caressait, me bichonnait, j'étais des instants de purs plaisir. Régulièrement, elle venait sur moi un livre à la main. J'épousais ses formes généreuses comme de grandes mains pour soutenir cette superbe chaire et le confort que je lui offrai lui était délectation.
Quelques fois, au début surtout, j'avais sa tête qui heurtait mon dossier moltoné et ses seins qui effleurait mon assise et elle soufflait, criait, savourait cet espace. J'aimais tout particulièrement cette inconscience de former un trio de voix. Les corps se rappant, se heurtant et l'air chaud, la respiration difficile et mon cuir criait lui aussi. Délicieux instants.
ça y est, on va me rentrer, je sens des mains me saisir, mais soudain, mes pieds ne touchent plus sol, je m'envole, mais où ? Existe t'il un paradis pour les sofas ? Et je retombe, me fracasse lourdement contre d'autres meubles, tous, chargé de souvenir, de secrets, d'amour, de haine, de larmes, de rire, tous jetés aux ordures. Ma vie fut pleine, mais je regrette de ne pas avoir été lit.



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