Mon petit atelier d'écriture, mon bar littéraire, ma chambre de lettres, de mots, de lectures, parfumée des poudreurs d'Escampette. Ici on fume, on sirotte, un boit un thé, un café et parfois un doigt d'alcool. L'éloquence est autorisée et la vulgarité aussi, mais pas l'intolérance. Tout ce qui est écrit est pardonné.

samedi 17 octobre 2009

[Les poudreurs...] Proposition 82 : Connaissez-vous l’écriture mosaïque ?

Le sujet : un fait divers (que vous présenterez en une ligne comme une brève dans la presse). Vous le ferez commenter par une succession de personnages ( autant qu’il vous plaira), témoins ou pas de la scène en question.que vous identifierez auparavant de quelques mots. Exemple : Madame Duschmoll, concierge de l’immeuble devant lequel s’est passé l’accident.

Mâles à bars.



Article paru dans le « mâles à bars », une revue gay : Ce lundi 1er novembre, Jérémy a quitté Sylvain après une courte relation de sept mois fort prometteuse. Aucun d'eux n'a voulu commenter l'évènement.

André, contact windows messenger de Sylvain : Oh moi, tu sais, j'sais rien du tout. Sylvain me parlait jamais sur msn. Mais j'sais qu'il était en couple avec Jérémy, mignon le mec d'ailleurs. Mais moi j'y suis pour rien, je lui ai peut-être proposé un plan ou deux avec mon mec, j'lui ai même dit de venir avec Jérémy, mais on a rien fait du tout. Je sais pas c'qui s'est vraiment passé. En même temps, franchement, j'vois pas trop c'qu'ils faisaient ensemble. Sylvain était prêt à faire des plans couples, mais son mec pas apparemment. Puis j'm'en fous un peu de c't'article. C'est dingue qu'on parle des ruptures des gens dans le journal maintenant ! Ça fait flipper quand même.

Stéphan, serveur à « L'implicite » : Oui, je les connaissais plutôt bien tous les deux. Ils étaient si beaux ensemble. Ils venaient régulièrement boire un verre, à l'un je servais toujours un picon-bière et à l'autre un Monaco. Ils étaient vraiment sympathiques, toujours un pourboire et ils me ramenaient systématiquement leurs verres au comptoir pour m'éviter le déplacement. Ils étaient toujours calme, pas un mot plus haut que l'autre, à part peut-être une fois, mais honnêtement pas grand chose et puis vous savez moi, je ne me mêle pas de ce qui ne me regarde pas. C'était juste des clients adorables, je vais les regréter.

Ameline, collègue de travail de Sylvain : Oh lala ! Ces deux là, c'est dommage, vraiment, mais ils ont bien fait de se séparer. Aucune décence dans leur dispute, jusqu'à se chamailler sur Facebook. C'est un poison ce truc. Ça défait les couples à une vitesse surprenante. Ils étaient mignons, mais quand ça ne va pas, faut laisser aller. On ne dit pas qu'aimer c'est aussi laisser partir ? Une fois, j'ai essayé de les amener à se parler. Ils avaient un sérieux problème de communication. Sylvain était excessivement jaloux et Jérémy particulièrement maladroit. Un jour sur Facebook, Jérémy avait marqué pour qualifier Sylvain : « Diable », alors forcément, ça n'a pas plu, moi non plus ça ne m'aurait pas fait plaisir, même s'il m'avait dit qu'il est « Sataniste ». Enfin, maintenant, ils vont devoir se relever. Ça fait quatre jours que Sylvain n'est pas venu travailler et que personne n'arrive à le joindre. Ce soir avec les copines, nous allons aller jusque chez lui pour voir.

Lili, meilleure amie de Jérémy : J'avais souvent Jérémy au téléphone et franchement, il l'aimait son copain, mais qui pourrait supporter ne serait-ce que le dixième de ce qu'il a supporté ? Sylvain lui tapait des scandales pour tout et rien. Genre une fois, parce que Jérèm' avait célébré Pasqual en écrivant sur son msn : « Gros bisous dégueu et baveux pour ton anniversaire ma connasse ! », ben il lui en à chier tout un cake ! Je vous jure, un truc de ouf ! Et à côté de ça, l'autre, il fait des plans cam sur des sites de cul, il prévoit des plans cul avec un certain André d'msn ! Tout ce qu'il m'a dit Jérèm', j'vous jure, je lui ai dit moi : « Barre lui sa gueule à c't'infidel, il te fait cocu, c'est sur ! ». Jéjé, lui il pensait qu'il pouvait encore avoir la discussion avec son mec. Si ça c'est pas d'l'amour ?! Enfin, maintenant, mon Jérém', il est parti au Canada rejoindre ses parents. A cause de ce connard, moi je ne reverrais peut-être plus jamais mon meilleur ami. Vaut mieux pas que j'le croise !

Franck, Colocataire et ex-petit ami de Sylvain : J'ai lu la brève dans le « Mâles à bars » et j'ai trouvé ça curieux qu'on parle d'eux dedans. Il faut dire qu'ils avaient tous les deux un caractère de cochon et Sylvain, je l'ai toujours dit, ne peut pas vivre en couple. Il a trop souffert dans sa jeunesse, il a toujours été libre et n'a jamais rendu de compte à qui que ce soit. Jérémy était gentil, mais à trois ici, ça devenait invivable. Je ne lui dirais jamais, mais ça fait du bien qu'il ne soit plus là. Bon, maintenant, c'est moi qui fait le ramassage à la petite cuillère. Je n'ai pas très envie d'en parler, je m'en fous de toute façon. Tout ce qui compte, c'est qu'il y a plus d'espace à l'appartement mainenant.

Luka, 21 ans, client du « Club 81 » : Je ne savais pas de qui ils parlaient dans le « malabar ». Mais c'est une bonne nouvelle ça ! De la chair fraiche !

Cyril, 30 ans, ami-confident et filleul de Jérémy : C'est ce qu'il y avait de mieux à faire. Il voulait absolument l'emmener pour mon mariage, on se marrie le 31 octobre, mais dés le début j'ai senti qu'il ne fallait pas. Jérémy était trop malheureux avec lui. Moi, je ne lui ai rien conseillé parce que je sais comment il est, mais j'avais de la peine, je voulais vraiment l'aider. Pour moi, il est évident que l'autre le trompait. A partir du moment où tu mens, tu trompes. Il lui a fallu du temps pour le comprendre. Enfin, je l'ai eu au téléphone, il m'assure qu'il va bien. Il sait que s'il a besoin, je suis là. Il peut même venir vivre chez nous quelques temps, c'est mieux que de fuir encore au Canada. Ça fait loin le Canada, même si on ira un maximum le voir, ça nous fera un pied à terre là-bas. Mais j'ai confiance, il est fort mon Jéjé le pd, il lui faut juste un peu de temps.

Kevin, le neveu de Jérémy, 17 ans : Houlala !


jeudi 15 octobre 2009

[Les poudreurs...] Proposition 83 : Logo rallye

Un texte dans lequel seront intégrés les mots : babélisme, bizuter, blanc-seing, blockhaus, bouffonner, buriner, casher, cacochyme, caleçonnade, calembredaine, dahu, dialectique, difforme, facétieux, gauchiste.

L'idée.



Personne n'y avait pensé, ou tout le monde en réalité, sans vraiment oser en émettre l'idée. Outre l'inquiétant babélisme généralisé dans ce genre de lieu, il y avait aussi et surtout une stupéfiante futilité à se voir promener dans ces espaces facétieux.

L'idée s'arracha de mon esprit avec triomphe, mais je dois admettre que ma consommation nerveuse d'alcool m'aida particulièrement à estimer ma calembredaine humblement brillante.


J'exultais bruyamment, en chantant, dansant, riant, l'ivresse aidant, à la pensée d'émettre cette extraordinnaire révolution auprès des membres de mon atelier d'écriture.

J'imaginais déjà "Jojo65sport", le barbu de 65 ans, sportif et auteur entre autre, du magnifique "Des chiffres verbales", genre de dictionnaire contemporain, s'arracher les quelques cheveux restant contre sa propre dialectique à tenter une approche plus pragmmatique en se sentant bizuté par la pratique spontannée de quelques initiés. Ou "Mimi la petite souris gauchiste" s'éclater avec la fréquentation majoritaire mais aussi la plus jeune. Et quant à Ameline, jeune étudiante en lettre, je savais déjà qu'elle y tenait son propre comptoir littéraire. Je rêvais d'en voir tant d'autres se regrouper sous une belle bannière à l'éffigie de nos poudreurs d'escampette.

Je m'empressais d'ouvrir la fenêtre, de pianoter fêbrilement sur son bord. Face à ce blanc-seing, une seule signature : "Bienvenue sur Facebook". J'étais là, devant mon propre dahu.

Ma énième canette de "8,6" à là main, je voulais créer un groupe, une sorte de blockhaus où les membres de l'atelier d'écriture pourraient bouffonner, discuter de la pluie et du beau temps, de l'importance de l'horoscope dans la littérature, et pourquoi pas, jouer une caleçonnade entre camarade.

Je voyais déjà tout cela et bien plus encore. L'un affichant son humeur au réveil : en mode "réveil", en mode "Je me la pète !", ou "furax", "Festif"... Un autre buriner sur son clavier toutes les rumeurs de son travail, mais je sais "Mimi la petite souris gauchiste" friande de tous les tests psychologiques, certains lui diront combien ils sont peu kasher pour son combat. Mais ce cacochyme de Jojo finirait bien par oser tous les voyages : "Mimi la souris gauchiste vous a kidnappé", "Vous vous êtes liberé de Bagdad", "QuentinTTTBM93200 vous a kidnappé", "Vous avez kidnapper Carole, Arnaud, Jean-Phillippe et Didier dans KIDNAPPEUR EN SERIE, vous gagnez 500 points.


Mais c'est au moment où l'écran m'apparaissait un peu difforme que je me rendis compte que ma bière s'était répandu sur mon unité centrale. Bientôt un bruit électrique allais achever mes ambitions tandis que ma tête commençait déjà à tourbillonner.



[Les poudreurs...] Proposition n°80 : Une Minute de silence
Commémoration…Temps mesuré d'un silence contre temps incalculable des pensées qui occupent l'esprit au cours de cette durée. Croisement d'un silence extérieur imposé, et d'un bruit intérieur qui habituellement ne s'entend pas… Humour ou gravité, à vous de choisir pour raconter votre minute de silence.

Juste après la faute.

Ouvrez le banc.
Faire une pause dans ses pensées incohérentes. Lacher prise. Pas un mot ne circule ou alors ils sont milles. Laisser tout partir dans tous les sens si nécessaire. Et vouloir crier. Crier si fort, quand aucun son ne se promène au dehors. Comme mourir un peu, mais vite. Du vide, se saisir immobile. Courber la tête. Une arrête, une épine ? Arrêter les larmes. Tout est rèche, rien ne glisse, aucun crissement ne saurait s'apostropher, c'est incompréhensible. Ne rien laisser voir, entendre, sentir. Comme un ange passe parce que je ne peux savoir s'il me faut pleurer ou me laisser tomber. Dedans tout s'affronte, c'est une guerre qui semble durer au moins cent ans. Je ne pleure pas encore, je reste concentrer ou plutôt estomaqué, perdu, confus, incompris et si seul en définitive. Je ne sais ce qu'il s'est passé. J'ai entrevu ce que la curiosité malade, nauzéeuse voulait à tout prit me monter. J'essaie de me raisonner, mais c'est interdit, ou presque. Je ne veux pas que cela arrive et pourtant je sais que c'est arrivé. Mais taire les pensées qui troublent déjà ma vue. Une minute est passée, si lourde, si froide, si triste. Je sais que je vais devoir le quitter.
Fermez le banc.
[A T E L I E R] Proposition n° 108 : Roman Rose
Imaginer votre amoureux(se) idéal(e) et utiliser ce personnage dans un texte du genre sentimental...(26/04/2002)


Luca.

Nous étions ensemble en classe de quatrième. Dés le premier jour, nous étions devenus amis. Luca était italien, de grands yeux marron, de longs cils, un regard sombre et à la fois rieur, les traits fins, les lignes douces presque féminines. L'innocence de nos âges et la passion en toute chose nous rendaient complices, nous nous reconnaissions dans cette sensibilité et dans cette légèreté d'âme qui nous différenciaient des autres adolescents : Il aimait Valérie, une italienne comme lui et j'aimais Anna. Nous étions deux rêveurs romantiques, idéalistes et poètes. Je reflétais sa beauté et lui la mienne, nous étions narcissique et égocentrique. Au-delà de tout, nos échanges étaient si passionnés qu'on nous prêtait des attitudes douteuses. Si nous ne nous étions jamais avoués d'attirance réciproque nous en avions conscience, mais nous ne pouvions nous soustraire à l'image générale et nous l'admettre. Il nous arrivait souvent de nous contempler en silence, les mots n'avaient pas leur place, et refermer rapidement, pudiquement cet instant. La honte était notre ennemi, gênante accompagnatrice et juge. Nous songions trop à ce que les autres en penseraient. Mais le trouble de cette connivence était plus grand encore ; Qu'étions-nous en-train de devenir ? Je me souviens de ma main qui avait failli se poser spontanément sur sa cuisse et que j'avais retenu dans un dernier sursaut pour nous sauver. Ces gestes allaient devenir de plus en plus fréquents et flagrants, tant pour lui que pour moi.

Un jour, à la sortie du collège un attroupement s'était formé en cercle pour voir la bagarre qui opposait Eric à Luca. Je n'avais pas besoin de regarder pour savoir ce qui allait arriver, Luca était plus frêle, plus fragile, j'admirais son courage tout en le trouvant stupide. Je ne sais pas ce qui provoqua en moi ces larmes et ce cri. Je ne sais pas si j'ai pleuré à cause de la violence avec laquelle Eric frappait Luca ou pour l'humiliation que ce dernier subissait. Le lynchage cessa brusquement et pratiquement tous se tournèrent vers moi. Tandis que certains semblaient surpris, d'autres se moquèrent de mon comportement de "pisseuse". Je venais de me cataloguer. Luca me reprocha de l'avoir humilier et contrairement à ce que j'avais pu penser, ce fut Eric qui vint me consoler. Nous ne nous sommes plus parler durant quelques temps. Il s'asseyait à l'autre bout de la classe tout en me regardant comme si c'était moi qui l'avais exclu. J'enrageais de le voir sans être autorisé à lui parler. Dés que je l'approchais, il se fermait immédiatement, parfois en me tournant le dos d'un air triste ou en me fuyant du regard lorsque je l'apercevais. J'ai laissé tomber, je me suis lié aux autres groupes et l'ai abandonné à sa solitude tout en soufrant intérieurement de reconnaître toute l'affection que je ressentais pour lui. Son air malheureux me déchirait, il était si beau. Un après midi du mois d'avril où il faisait beau temps, je le contemplais au travers de la grande baie vitrée du bâtiment 12. Il était seul dans la cour, assis, recroquevillé sur lui-même. J'en tremblais d'émotion, au bord de la crise de larme que je tentais de contenir. Sa petite silhouette me faisait tant de mal que j'en arrivais à me dire que seule Valérie pouvait l'aider. Ils eurent une courte relation qui nous permit, à Luca et à moi, de nous retrouver et de reprendre notre belle complicité là où nous l'avions laissé.




En fin d'année scolaire, j'avais invité Luca à passer le mercredi chez moi. Il faisait très chaud, je me souviens de son petit short blanc et de son polo « Lacoste », il était renversant de beauté. Son sourire exquis qui disait tout le bonheur qu'il éprouvait à passer la journée en ma compagnie. Lorsqu'il est entré et qu'il a refermé la porte, tout à coup, une vague de chaleur m'envahit. Je tremblais comme si j'avais froid, emplit d'une sensation étrange et de l'envie de le prendre et de le serrer très fort dans mes bras. Nous étions tous les deux reçus en troisième, sauf que je restais au collège Jean Jaurès et qu'il déménageait dans le sud de la France. A ma tristesse se mêlait une immense joie, parce que son départ m'autorisait à lui avouer tous mes sentiments. Il remarqua mes tremblements et se mit à rire de mes bégayements. Il me saisit les mains et m'embrassa la joue gauche. Comme toujours nous n'avions rien eu besoin de dire, tout s'exprimait aisément dans le silence. Nous nous sommes embrassé toute la journée, avons eu ensemble nos premiers jeux interdits. A l'apothéose de ce feu d'artifice d'émotions, de passions, de désirs et de connivences, nous nous sommes dit Adieu dans nos « Je t'aime » respectifs. Je ne l'ai jamais revu, mais j'entends encore son coeur battre à tout rompre dans cet instant précieux où j'avais pressé mon oreille contre sa poitrine.