Mon petit atelier d'écriture, mon bar littéraire, ma chambre de lettres, de mots, de lectures, parfumée des poudreurs d'Escampette. Ici on fume, on sirotte, un boit un thé, un café et parfois un doigt d'alcool. L'éloquence est autorisée et la vulgarité aussi, mais pas l'intolérance. Tout ce qui est écrit est pardonné.

jeudi 15 octobre 2009

[A T E L I E R] Proposition n° 108 : Roman Rose
Imaginer votre amoureux(se) idéal(e) et utiliser ce personnage dans un texte du genre sentimental...(26/04/2002)


Luca.

Nous étions ensemble en classe de quatrième. Dés le premier jour, nous étions devenus amis. Luca était italien, de grands yeux marron, de longs cils, un regard sombre et à la fois rieur, les traits fins, les lignes douces presque féminines. L'innocence de nos âges et la passion en toute chose nous rendaient complices, nous nous reconnaissions dans cette sensibilité et dans cette légèreté d'âme qui nous différenciaient des autres adolescents : Il aimait Valérie, une italienne comme lui et j'aimais Anna. Nous étions deux rêveurs romantiques, idéalistes et poètes. Je reflétais sa beauté et lui la mienne, nous étions narcissique et égocentrique. Au-delà de tout, nos échanges étaient si passionnés qu'on nous prêtait des attitudes douteuses. Si nous ne nous étions jamais avoués d'attirance réciproque nous en avions conscience, mais nous ne pouvions nous soustraire à l'image générale et nous l'admettre. Il nous arrivait souvent de nous contempler en silence, les mots n'avaient pas leur place, et refermer rapidement, pudiquement cet instant. La honte était notre ennemi, gênante accompagnatrice et juge. Nous songions trop à ce que les autres en penseraient. Mais le trouble de cette connivence était plus grand encore ; Qu'étions-nous en-train de devenir ? Je me souviens de ma main qui avait failli se poser spontanément sur sa cuisse et que j'avais retenu dans un dernier sursaut pour nous sauver. Ces gestes allaient devenir de plus en plus fréquents et flagrants, tant pour lui que pour moi.

Un jour, à la sortie du collège un attroupement s'était formé en cercle pour voir la bagarre qui opposait Eric à Luca. Je n'avais pas besoin de regarder pour savoir ce qui allait arriver, Luca était plus frêle, plus fragile, j'admirais son courage tout en le trouvant stupide. Je ne sais pas ce qui provoqua en moi ces larmes et ce cri. Je ne sais pas si j'ai pleuré à cause de la violence avec laquelle Eric frappait Luca ou pour l'humiliation que ce dernier subissait. Le lynchage cessa brusquement et pratiquement tous se tournèrent vers moi. Tandis que certains semblaient surpris, d'autres se moquèrent de mon comportement de "pisseuse". Je venais de me cataloguer. Luca me reprocha de l'avoir humilier et contrairement à ce que j'avais pu penser, ce fut Eric qui vint me consoler. Nous ne nous sommes plus parler durant quelques temps. Il s'asseyait à l'autre bout de la classe tout en me regardant comme si c'était moi qui l'avais exclu. J'enrageais de le voir sans être autorisé à lui parler. Dés que je l'approchais, il se fermait immédiatement, parfois en me tournant le dos d'un air triste ou en me fuyant du regard lorsque je l'apercevais. J'ai laissé tomber, je me suis lié aux autres groupes et l'ai abandonné à sa solitude tout en soufrant intérieurement de reconnaître toute l'affection que je ressentais pour lui. Son air malheureux me déchirait, il était si beau. Un après midi du mois d'avril où il faisait beau temps, je le contemplais au travers de la grande baie vitrée du bâtiment 12. Il était seul dans la cour, assis, recroquevillé sur lui-même. J'en tremblais d'émotion, au bord de la crise de larme que je tentais de contenir. Sa petite silhouette me faisait tant de mal que j'en arrivais à me dire que seule Valérie pouvait l'aider. Ils eurent une courte relation qui nous permit, à Luca et à moi, de nous retrouver et de reprendre notre belle complicité là où nous l'avions laissé.




En fin d'année scolaire, j'avais invité Luca à passer le mercredi chez moi. Il faisait très chaud, je me souviens de son petit short blanc et de son polo « Lacoste », il était renversant de beauté. Son sourire exquis qui disait tout le bonheur qu'il éprouvait à passer la journée en ma compagnie. Lorsqu'il est entré et qu'il a refermé la porte, tout à coup, une vague de chaleur m'envahit. Je tremblais comme si j'avais froid, emplit d'une sensation étrange et de l'envie de le prendre et de le serrer très fort dans mes bras. Nous étions tous les deux reçus en troisième, sauf que je restais au collège Jean Jaurès et qu'il déménageait dans le sud de la France. A ma tristesse se mêlait une immense joie, parce que son départ m'autorisait à lui avouer tous mes sentiments. Il remarqua mes tremblements et se mit à rire de mes bégayements. Il me saisit les mains et m'embrassa la joue gauche. Comme toujours nous n'avions rien eu besoin de dire, tout s'exprimait aisément dans le silence. Nous nous sommes embrassé toute la journée, avons eu ensemble nos premiers jeux interdits. A l'apothéose de ce feu d'artifice d'émotions, de passions, de désirs et de connivences, nous nous sommes dit Adieu dans nos « Je t'aime » respectifs. Je ne l'ai jamais revu, mais j'entends encore son coeur battre à tout rompre dans cet instant précieux où j'avais pressé mon oreille contre sa poitrine.


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